La mobilisation sociale, travailler en réseau dans un contexte inédit

Dans un contexte de crise épidémique, plusieurs réponses stratégiques sont complémentaires. Si l’action sanitaire et l’aide aux plus démunis sont les actions les plus évidentes et sont essentielles, il en est une autre qui peut faciliter la diffusion de messages et l’implication des populations : la mobilisation sociale.

Le but de la mobilisation sociale est d’accompagner les populations à prendre conscience de la situation et des moyens existants pour se protéger. Il s’agit d’identifier les obstacles au changement et de mettre au point une stratégie pour l’encourager à se protéger en adoptant un comportement plus sûr.

Pour cela il est important d’échanger avec les populations au sujet de leurs croyances, règles, idées et craintes relatives à la maladie, de les écouter attentivement et de tenir compte de leur avis, de leurs besoins. Cela implique également de s’appuyer sur des acteurs qui sont à leur contact. Une fois ce travail fait, il devient possible de transmettre à la population les informations au sujet de la maladie, de ses symptômes ainsi que de la manière dont elle se propage et dont on la traite, et d’apporter des réponses aux besoins repérés.

Un groupe de travail dédié à la mobilisation sociale

L’Agence Régionale de Santé (ARS) de Guyane a donc pris l’initiative de créer un groupe de travail dédié à la question de la mobilisation sociale. Ce groupe est composé de l’ARS, la Croix Rouge Française (CRF), le Centre de ressources en Politique de la ville (CRPV), Guyane Promo Santé (GPS). Il associe en fonction du territoire et des besoins d’autres acteurs tels que les représentants coutumiers, les coordinateurs de Contrats Locaux de Santé (CLS) et les associations qui interviennent sur place.

Il s’est fixé trois objectifs :

  • La transmission d’informations auprès des populations et des acteurs et l’adaptation des messages en prenant en compte le niveau de littératie des personnes.
  • Le recueil des besoins et des solutions
  • Le repérage des personnes ressources en fonction des territoires et le recensement des actions menées

Selon les cas, il sera utile de traduire et diffuser des messages de sensibilisation, d’information et de prévention, ou encore de proposer des relais de communication tels que les médiateurs, ciblés en fonction des habitudes et pratiques des populations concernées et des besoins ressentis, recueillis par les acteurs sur le terrain. L’intention de ces actions est de donner aux personnes le pouvoir d’agir en toute connaissance de cause et dans une démarche de promotion de la santé.
Il est important de préciser également que ce groupe mobilisation sociale n’a pas vocation à se substituer ou ajouter une ligne à l’organisation des actions sanitaires et sociales déjà en place.

Missionné pour coordonner le groupe, GPS veille à assurer le lien entre les différents acteurs (ARS, municipalité, acteurs associatifs, relais communautaires ou médiateurs, grand conseil coutumier, professionnels de santé, chef de village, etc.) notamment par le pilotage de réunions de travail, et à identifier des relais de communication en matière d’information, de sensibilisation et de prévention en fonction des besoins exprimés par les acteurs de première ligne. Cela peut être via de la médiation ou des supports de communication.

Un exemple : accompagner la population du village Cécilia

Suite au confinement du village Cécilia le 9 avril 2020, une réflexion a été engagée sur l’accompagnement de la population dans sa compréhension de la situation et des moyens d’éviter la propagation du virus.

La coordinatrice du CLS de Matoury et une représentante de la communauté amérindienne ont été associées au groupe mobilisation sociale. Leur connaissance du village et des habitants ont permis d’orienter les choix des messages et de recenser les actions déjà mises en place par les habitants. Il a alors été possible d’écrire, enregistrer et diffuser des messages audios destinés à rassurer et encourager la population.

Des relais communautaires se sont également rendus dans le village pour répondre aux questions et faire remonter les besoins (aide alimentaire, accès aux soins, aux médicaments, savon, etc.) afin que des solutions soient mises en œuvre. Par ailleurs, la Mairie, la CACL et l’ARS organisaient l’aide alimentaire et la prise en charge sanitaire.

La mobilisation de la population, des acteurs associatifs et institutionnels a ainsi permis d’améliorer le déroulement de la quatorzaine d’un village de presque 300 habitants. Ce contexte inédit incite à faire preuve d’innovations et à expérimenter de nouvelles manières de faire ensemble.