Médiateur en santé, un métier essentiel et mal-connu

En cette période de crise sanitaire et sociale, les médiateurs sont en première ligne de l’action auprès des populations les plus vulnérables.

Dès les premiers jours de confinement, une coordination s’est mise en place entre toutes les associations intervenant sur le territoire pour assurer l’accès aux soins et la réponse aux interrogations et besoins de première nécessité des populations les plus précaires (accès à l’eau, aide alimentaire, …). Depuis les médiateurs parcourent les quartiers, diffusent les messages de prévention, répondent aux questions des habitants.

Focus sur la médiation en santé

La deuxième promotion du Diplôme Universitaire (DU) Médiation en santé s’est déroulée cette année avec 24 étudiants. A raison d’une semaine de cours par mois (au total 175 heures de cours) et d’un stage de fin d’année, ils grossiront bientôt les rangs des médiateurs déjà en activité.

Le DU Médiation en santé a été ouvert à la rentrée 2018/2019 à l’Université de Guyane, en collaboration avec le Centre d’Investigation Clinique et les associations Comede (Comité pour la Santé des Exilés) et ADER (Action Développement Éducation et Recherche).

En France et en Guyane particulièrement, il existe encore de nombreuses difficultés d’accès aux droits, à la prévention et aux soins. Dans ce contexte, la médiation en santé est un outil privilégié afin de lutter contre les exclusions et tenter de rétablir une égalité. Travail de proximité, ce métier a pour objectif entre autres de sensibiliser les acteurs du système de santé aux obstacles du public dans son accès à la santé. Trop souvent réduit à un rôle de traducteur, le médiateur en santé joue un vrai rôle d’interface entre un public en grande difficulté et les professionnels.

« Le médiateur en santé crée du lien et participe à un changement des représentations et des pratiques entre le système de santé et une population qui éprouve des difficultés à y accéder. Le médiateur en santé est compétent et formé à la fonction de repérage, d’information, d’orientation, et d’accompagnement temporaire. Il a une connaissance fine de son territoire d’intervention, des acteurs et des publics. Le travail du médiateur en santé s’inscrit au sein d’une structure porteuse, en relation avec une équipe et des partenaires. » Extrait du site de la HAS

La plupart des élèves de ce DU sont déjà en poste, au sein d’associations ou d’établissements de soin public, sur tout le territoire. En effet, leur expérience professionnelle s’est souvent forgée sur le terrain, depuis de longues années.
La formation universitaire leur permet de prendre du recul et de théoriser ce qu’ils ont déjà tous vécu. Elle s’appuie sur des compétences locales reflétant la diversité des thématiques de santé abordées, et la diversité du territoire Guyanais et de ses cultures. Des professionnels de terrain les accompagnent durant l’année de formation et leur apportent un enseignement de qualité qui mixte théorie, pratique et mises en situation.

Cependant un gros travail de sensibilisation reste encore à faire sur la reconnaissance et la valorisation de ce métier auprès des autres professionnels. En effet, bien que l’intervention des médiateurs en santé soit quotidiennement saluée sur le terrain, ce métier est souvent mal compris ou mal interprété.

Lumière sur trois médiateurs diplômés de 2019 

Trois médiateurs de la première promotion du DU Médiation en santé ont accepté de répondre à nos questions (entrevues réalisées en février 2020). Ces médiateurs occupent actuellement des postes sur différentes parties du territoire guyanais : Marion REVEST, médiatrice en santé au Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais, Antonio FONSECA DIAS, médiateur en santé à AIDES Maripasoula, Zélia GIRARDOT, médiatrice en santé à la prison de Rémire Montjoly (unité psychiatrie du CHAR).

1/ Quel est votre parcours, qu’avez-vous fait pour en arriver là ?

Mmediation (1)R : Aide-soignante de formation, je suis arrivée en Guyane il y a 17 ans et j’ai pris un poste au CHOG. Je ne comprenais pas les gens. J’ai donc décidé d’aller au plus près de la population et j’ai vécu 13 ans à Grand-Santi. Là-bas, j’ai créé une association de lutte contre le VIH : Wi na Wi. Puis en 2017 un poste de médiateur en santé s’est libéré au CHOG, j’ai postulé et me voici ! J’ai suivi en parallèle le DU médiation en santé. Le bagage d’aide-soignante m’a bien aidé dans mon rôle de médiatrice en santé notamment pour me positionner dans une équipe pluridisciplinaire.

AF : J’ai senti la nécessité en tant que migrant de savoir comment faire pour accéder à mes droits. Je me suis donc proposé comme bénévole à l’association ASTIPA à Maripasoula. Ensuite j’ai poursuivi mon action bénévole à AIDES puis j’ai finalement été recruté comme salarié dans cette même association. Avant je travaillais dans le BTP, mais j’aimais tellement ce type de travail qu’il m’arrivait souvent de prendre des jours de congés pour accompagner l’association lors de ses missions dans le pays amérindien.

ZG : J’ai fait des études de psychologie au Brésil, que je n’ai pas pu terminer. Quand je suis arrivée ici, j’ai d’abord travaillé auprès des enfants et dans la vente pour bien apprendre la langue. Ensuite, j’ai appris qu’il y avait un poste à pourvoir à l’hôpital, ce poste était détaché à la prison. La fiche de poste indiquait « médiateur culturel », ce métier m’était inconnu à l’époque et il n’y avait pas d’autres médiateurs en prison. J’ai été recrutée et j’ai dû apprendre par moi-même.

 2/ Que vous a apporté le DU ?

MR : Le DU m’a apporté une reconnaissance au sein de l’équipe avec laquelle je travaille. Nous avons obtenu un diplôme, mais le statut de médiateur en santé n’est toujours pas reconnu. D’ailleurs il n’existe pas de code ROME pour ce métier.

AF : Notre travail n’est pas très souvent connu ou reconnu. Le DU médiation m’a permis d’accumuler des savoirs théoriques qui correspondent à ce que je fais sur le terrain. Cela a permis de mettre des mots sur mon quotidien, d’éclaircir la façon dont je perçois mon travail.mediation (2)

ZG : Le DU Médiation m’a apporté des éléments pour développer le plaidoyer pour la reconnaissance de notre métier, comme par exemple la charte déontologique du médiateur en santé. Les enseignements m’ont permis de compléter mes connaissances et de partager des expériences avec des collègues de différents milieux. Depuis lors, je fais mon possible pour améliorer ma pratique et je vois un changement, notamment au niveau du regard des autres professionnels avec qui je travaille, car j’arrive mieux à expliquer ce que je fais.

 3/ Quelle est la particularité de la médiation en santé ?

MR : Lors d’une réunion avec le Contrat Local de Santé, je rappelais bien que la médiation en santé est un outil dans un processus de parcours de soin/social et en aucun cas une solution toute faite. On se rapproche d’un travail d’éducation des deux parties (les patients et les professionnels) sur leurs représentations respectives, le respect mutuel, l’ouverture culturelle, … Nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne et c’est un travail de longue haleine.

AF : La particularité de notre métier est le contact direct avec les personnes qui font face à des situations sensibles. C’est pourquoi, les personnes doivent pouvoir nous faire confiance. C’est un travail sur du long terme. La question de la confidentialité est essentielle dans notre métier. Enfin, nous travaillons vraiment sur l’accompagnement des personnes et de leur santé, ce qui recoupe inévitablement une partie sociale.zelia

ZG :  La particularité est de pouvoir établir un lien direct entre les soignants et  les patients de diverses cultures et de  parcours de vie parfois radicalement divers, et éloignés de notre perception et du système de santé français. Notre travail consiste aussi à s’adapter à chaque situation dans l’accompagnement qui doit se faire en totale empathie, tout en faisait preuve d’une stricte neutralité.

 4/ Pourquoi c’est un métier important pour la Guyane ?

MR : C’est primordial tant au niveau des patients qu’au niveau des professionnels  à cause notamment du turn-over important ici. Nous sommes une interface entre ces deux parties pour qu’elles puissent se comprendre. Les patients sont un public qui est depuis longtemps stigmatisé de par ses difficultés sociales et ses difficultés de transport. Et en parallèle, les professionnels sont très surpris lorsqu’ils s’intéressent à la culture, ils ne prennent souvent pas la mesure du choc culturel que cela représente.   C’est un métier épuisant qui est très chargé émotionnellement car nous sommes appelés principalement sur des situations compliquées dans lesquelles les professionnels  ne prennent pas toujours la mesure des incompréhensions. Le médiateur devrait être permanent au sein des équipes pluridisciplinaires, car lorsque nous sommes au plus près des patients et des équipes, nous sommes plus à même d’identifier les difficultés et de pouvoir établir un équilibre d’interculturalité.

AF : L’accès aux droits de base est compliqué en Guyane, par manque de connaissance mais aussi parce que les institutions ne les respectent pas toujours et ne comprennent pas les difficultés que peuvent rencontrer les gens. Les médiateurs sont là pour faire le pont entre les professionnels et les usagers. Le besoin est là, c’est aussi une demande de la population, car il est plus facile de venir vers nous que vers les institutions. C’est pour cela qu’il est nécessaire de valoriser le travail de la médiation en santé et que la société reconnaisse notre plus-value.

ZG : Au vu de la diversité des cultures de notre département, c’est important qu’il y ait des métiers comme le nôtre qui arrive à faire le lien entre les cultures (les cultures également professionnelles et administratives) pour trouver un terrain d’entente, comprendre et se faire comprendre. Le but est que la personne accompagnée puisse être autonome et en finir avec ce sentiment de dépendance. Par ailleurs, j’invite les gens à être curieux envers les médiateurs, à venir vers nous. Ce métier est très peu connu et nous avons un grand travail de plaidoyer à faire.