Une enquête pour identifier les freins à la mise en place de l’EVAS en Guyane

Afin d’améliorer l’accompagnement et de développer l’offre de ressources à destination des intervenants en Éducation à la Vie Affective et Sexuelle, Guyane Promo Santé a accueilli, d’avril à août 2019, Méloé Vincent, stagiaire en Master Santé Publique, afin qu’elle étudie les freins existants à la mise en place d’interventions collectives en EVAS. Voici la synthèse des résultats de l’étude.

Contexte de l’étude

En Guyane, les besoins en santé sexuelle et reproductive sont importants et non couverts chez les jeunes. L’EVAS est un moyen pour favoriser, de façon précoce, la santé sexuelle et le développement affectif, sexuel et relationnel des jeunes. En Guyane, les interventions en EVAS se déroulent en milieu scolaire et dans les structures hors scolaire (e.g. établissements et services sociaux et médico-sociaux) auprès des jeunes de 3 à 25 ans. Néanmoins des difficultés persistent dans leur mise en place. Cette étude cherche à comprendre les freins et les leviers rencontrés par les professionnels dans la mise en place de ces interventions en Guyane.

Méthodologie

Pour cette étude, une enquête qualitative a été réalisée. Des entretiens semi-directifs auprès d’intervenants en EVAS ont été menés. Des observations non participantes, auprès d’intervenants réalisant des interventions en EVAS en milieu scolaire contextualisent les propos recueillis lors des entretiens. Pour l’analyse, nous avons créé un cadre conceptuel de quatre niveaux écologiques. Chaque niveau regroupe différents facteurs pouvant influencer les pratiques des intervenants en EVAS. Les données ont été traitées par analyse thématique.

Résultats

Treize entretiens individuels et trois entretiens collectifs ont été réalisés. Les vingts intervenants interviewés sont de professions (e.g. professions médicales, du secteur socio-éducatif) et de milieux (e.g. écoles, associations) variés.

L’objectif de l’étude était de documenter les freins rencontrés par les intervenants en EVAS dans l’exercice de leur profession. Des barrières à différents niveaux écologiques du cadre conceptuel ont été retrouvées. Les intervenants mettent alors en avant des problématiques rencontrées à chaque étape d’une intervention. Le tableau 1 présente un résumé des barrières principales rencontrées par les professionnels pour mettre en place les interventions en EVAS. Dans ce tableau, nous présentons également comment ces difficultés peuvent se manifester dans le discours des professionnels interrogés (Tableau 1).

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Au niveau de l’individu

Les intervenants sont investis par la thématique et convaincus de l’intérêt de l’EVAS. Cependant, dans leurs discours plusieurs éléments viennent jouer sur leur motivation pour mettre en place les interventions.
Au niveau de la motivation intrinsèque, le manque de visibilité sur l’efficacité des interventions impacte la mise en place des interventions.
La motivation extrinsèque est, elle, influencée par le manque de reconnaissance de l’investissement des professionnels mettant en place les interventions en EVAS.
Les professionnels interrogés évoquent un manque de compétence sur la thématique. Cela leur pose des difficultés pour mettre en place l’ensemble des étapes d’une intervention, pour aborder tous les thèmes relatifs à la vie affective et sexuelle mais aussi pour adapter leur discours au public d’intervention. Pour les professionnels, se sentir compétent pour pouvoir intervenir auprès du public est un processus long, nécessitant du temps et un travail d’introspection important.

Au niveau public d’intervention

Des facteurs viennent limiter l’interaction entre les intervenants et le public d’intervention et donc freiner la mise en place et le déroulement des interventions.
Les représentations des intervenants sur les attentes des jeunes en matière de vie affective et sexuelle ne permettent pas toujours de mettre en place des interventions basées sur la demande réelle du public.
Les difficultés de communication entre le public et l’intervenant freinent également la mise en place d’interventions d’EVAS, et limitent les échanges pendant l’intervention.
Des différences de représentations socio-culturelles autour de la sexualité apparaissent également entre les intervenants et leur public, et peuvent limiter leurs interactions.

Au niveau de l’environnement d’intervention

Des facteurs liés à leur environnement d’intervention ont également une influence sur la mise en place des interventions en EVAS.
La charge de travail et l’isolement géographique des intervenants ne permettent pas de mettre en place les interventions dans toutes les structures, et impactent la qualité des interventions.
Les intervenants évoquent un manque d’accessibilité du matériel pédagogique, au niveau de sa mise à disposition et de son adéquation avec le public.
Les relations interprofessionnelles sont parfois conflictuelles. Les intervenants, devant collaborer pour mettre en place les interventions, n’arrivent pas toujours à avoir un discours commun autour de la thématique.

Au niveau de l’environnement administratif

L’environnement administratif tient une place importante dans le discours des professionnels.
Les intervenants mettent en avant un manque de formation, facteur présenté comme étant un frein important à la mise en place des interventions.
Les intervenants évoquent un manque de clarté et d’accessibilité des recommandations sur les interventions en EVAS impactant leur mise en place.
Des difficultés au niveau de l’organisation des interventions comme le manque de planification des interventions et de coordination entre les acteurs influencent de façon importante la mise en place des interventions.
Le manque de discours commun sur la façon de mettre en place les interventions entre l’institution et les intervenants ne permet pas d’impulser une dynamique de projet d’établissement sur la thématique.
Les intervenants insistent sur le manque de volonté de la part de leur institution à mettre en place les interventions en EVAS. Ce manque d’engagement et l’absence de priorité donnée à l’EVAS est un élément déterminant de la mise en œuvre des interventions.

Conclusion et recommandations

L’EVAS est un moyen pour favoriser la santé sexuelle et le développement affectif, sexuel et relationnel de tous les jeunes. Elle contribue également au développement de relations vers plus d’égalité et de respect entre les personnes, quels que soient leur sexe, genre ou orientation sexuelle. Cela permet également de s’ouvrir à l’acceptation de la différence et à la tolérance, élément particulièrement pertinent dans un contexte interculturel.

Cette étude met en avant différents freins à la mise en place des interventions d’EVAS en Guyane. Nous proposons donc les recommandations suivantes, en vue d’améliorer leurs mises en place. Nous souhaitons tendre vers le développement d’interventions de qualité, en référence aux principes directeurs en EVAS et donc efficaces. Nous souhaitons également veiller à développer une offre en interventions d’EVAS équitable pour l’ensemble de la population ciblée par ces actions sur le territoire guyanais, et ainsi veiller à la diminution des inégalités sociales et territoriales de santé. Enfin, ce travail se centrant sur les professionnels de santé, il apparait important de veiller à la qualité de vie au travail des intervenants lors de la mise en place des interventions en EVAS.

Dans cette étude, nous insistons sur la motivation des intervenants. La motivation au travail des professionnels est déterminante de la performance du système de santé, pour sa qualité, son équité et son efficience. Agir sur les éléments influençant cette motivation, mis en évidence dans cette enquête, nous semble alors essentiel pour pérenniser les interventions sur le territoire guyanais.

Ensuite, une partie de l’étude se concentre sur les compétences de professionnels. La qualité et l’impact de l’éducation à la sexualité dépend des compétences des éducateurs et des méthodes pédagogiques employées. En ce sens, il parait pertinent de favoriser le développement des compétences des professionnels ainsi que leur sentiment de compétences. Nous insistons donc sur la formation et l’échange des pratiques entre professionnels pour y contribuer et permettre l’émergence d’une culture commune autour de la thématique.

Enfin, les interventions d’EVAS mettent en jeu une multitude d’acteurs. Nous souhaitons donc agir en vue d’améliorer la collaboration des professionnels intervenant en éducation à la vie affective et sexuelle en Guyane. Il s’agit alors de faire découvrir les spécificités et les compétences de chacun des professionnels concernés afin de renforcer les compétences mais aussi de favoriser la satisfaction et la motivation au travail.

En considérant le caractère interdépendant des freins à la mise en place des interventions, nous supposons un effet en synergie des recommandations proposées. Une recommandation émise dans un axe peut être amenée à jouer sur un niveau différent.

AXE 1. FAVORISER LA COLLABORATION INTERPROFESSIONNELLE

  • Développer les échanges entre intervenants
  • Favoriser l’émergence d’une culture commune entre les intervenants
  • Développer les compétences de collaboration des intervenants
  • Renforcer le management des équipes mettant en place les interventions d’EVAS

AXE 2. RENFORCER LA FORMATION ET LES COMPÉTENCES DES INTERVENANTS

  • Soutenir la professionnalisation des intervenants, en particulier sur les aspects méthodologiques et pédagogiques
  • Développer une offre de formation interdisciplinaire en EVAS
  • Développer une réflexion commune sur l’offre de formation en vie affective et sexuelle en Guyane
  • Favoriser les transferts de pratiques et de connaissances entre professionnels
  • Rendre accessible les connaissances et les recommandations en matière d’EVAS

AXE 3. ENCOURAGER LE DEPLOIEMENT DES INTERVENTIONS SUR LE TERRITOIRE

  • Améliorer l’organisation des interventions d’EVAS au sein des établissements
  • Améliorer la coordination des intervenants
  • Favoriser une répartition équitable des interventions sur le territoire et auprès des différents lieux d’interventions, en particulier dans les ESSMS et pour les populations hors milieu scolaire

AXE 4. AMÉLIORER LES CONDITIONS DE TRAVAIL DES INTERVENANTS

  • Mettre à disposition des ressources pédagogiques et outils, en particulier pour le public en situation de handicap
  • Améliorer la capitalisation des expériences, des actions afin de pallier la problématique du turn-over des professionnels en Guyane
  • Renforcer les moyens humains

AXE 5. FAVORISER LA RECONNAISSANCE DES ENJEUX DE L’EVAS PAR LES ÉQUIPES DE DIRECTION

  • Développer les échanges sur les représentations l’EVAS entre les intervenants et les équipes de direction
  • Favoriser la transmission des recommandations sur l’EVAS aux équipes de direction
  • Renforcer la mise en place de projet d’établissement sur la thématique

Pour en savoir plus

Télécharger l’intégralité du Mémoire de stage (pdf 1 Mo)

Étude réalisée dans le cadre du mémoire de stage de Méloé VINCENT au sein de Guyane Promo Santé, Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé, Cayenne, France
Master Sciences, Technologies, Santé. Mention Santé Publique, parcours Santé Internationale